|
La pilule miracle de Sanofi Aventis contre le tabagisme et l’obésité Le rimonabant s’annonce comme le prochain « blockbuster » du groupe français, numéro trois mondial de la pharmacie. Cette molécule, qui doit être lancée début 2007 aux Etats-Unis, permettra de s’attaquer à deux fléaux sanitaires et de conquérir des marchés colossaux pour les laboratoires. Rimonabant.

Retenez bien ce nom. C’est celui du probable prochain « blockbuster » de Sanofi Aventis. Ce futur médicament à plus d’1 milliard de dollars de chiffre d’affaires est destiné à traiter deux des fléaux sanitaires de ce début de XXIe siècle : le tabagisme et l’obésité. L’autorisation de mise sur le marché du rimonabant (sous le nom commercial d’Acomplia) ne sera pas accordée avant fin 2006 ou début 2007 aux Etats-Unis, dans le meilleur des cas. La Food and Drug Administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, a fait savoir, le 23 juin, qu’elle n’entendait pas donner un « caractère prioritaire » à l’examen du dossier. Pourtant, cette molécule fait déjà figure de star dans les milieux médicaux et commence à faire parler d’elle dans les médias, spécialisés ou non. Forbes, Fortune, Business Week, le Financial Times, le New York Times, le Washington Post, ainsi que de nombreux sites Internet dédiés aux médicaments ont largement relayé les résultats, il est vrai spectaculaires, des études menées aux Etats-Unis et en Europe sur des milliers d’obèses et d’accros au tabac. Le Monde a parlé à huit reprises, depuis 2003, de la prometteuse molécule, « la pilule miracle [qui] permettrait d’arrêter de fumer sans prendre un gramme », comme le titrait La Tribune de Genève, le 31 mai. Un pilonnage médiatique à la limite de la légalité : en France, comme dans l’Union européenne, la publicité directe et indirecte sur les médicaments de prescription est interdite. Santé publique et sécurité du patient obligent, les laboratoires pharmaceutiques ne peuvent communiquer qu’en direction d’une seule personne : le médecin prescripteur. Sanofi ne s’en est d’ailleurs pas privé : le groupe proclame fièrement que, depuis 2001, plus de 100 articles ont été consacrés chaque année au rimonabant dans des revues scientifiques. « Le rimonabant ne peut être considéré comme une technique d’amaigrissement facile, prévenait certes Jean-François Dehecq dans Le Monde du 14 décembre 2004. C’est un vrai médicament à qui il faut conserver son statut de prescription. » Mais Sanofi Aventis piaffe de pouvoir lancer ce qui s’annonce comme l’un de ses plus gros succès. Le marché du traitement de l’obésité est estimé à 10 milliards de dollars par an (8.30 milliards d’euros) dans les pays développés, où 15% à 20% de la population sont concernés. Quant au tabagisme, le marché potentiel est de 1.3 milliard de « patients », soit le nombre de fumeurs dans le monde… Le groupe dispose actuellement de huit « blockbusters » qui, promus par 33 000 visiteurs médicaux (dont 7 000 aux Etats-Unis), ont permis à eux seuls d’accroître le chiffre d’affaires consolidé de 2 milliards d’euros entre 2003 et 2004. Un portefeuille aujourd’hui en partie menacé par les fabricants de génériques. Le Lovenox, son antithrombotique vedette (2.2 milliards d’euros de chiffre d’affaires attendus en 2005, vient de voir ses brevets annulés par un juge californien. Le Plavix (2 milliards d’euros prévus en 2005) court le même risque, cet automne, devant un tribunal de New York. Les fabricants de génériques Apotex et Dr Reddy ont attaqué en justice les brevets du Plavix pour « conduite inéquitable » de Sanofi Aventis. Le groupe français, numéro trois mondial de la pharmacie, doit donc s’assurer d’autres relais de croissance. Communication sur le risqueOr, avec 91 millions d’Américains souffrant d’obésité abdominale, l’avenir du rimonabant semble assuré outre-Atlantique. La société de Bourse Fideuram anticipe un chiffre d’affaires de 2.3 milliards d’euros en 2007 pour l’Acomplia, et de 3.1 milliards en 2008. Dés lors, la consigne semble claire pour les cadres dirigeants de Sanofi Aventis : ils ne doivent rater aucune occasion de vanter la nouvelle molécule dans les congrès médicaux, colloques, rencontres avec les analystes financiers ou avec la presse… Une technique de communication qui devient courante de la part des laboratoires classiques. « La concurrence s’accroissant avec les fabricants de génériques, ils ne peuvent plus se permettre de ne plus communiquer auprès du grand public », souligne Jean-Christophe Freche, de la société de conseil Alcimed. Les laboratoires qui jouent la carte du contact direct avec le patient, par-dessus la tête du médecin, prennent un risque plus ou moins calculé. Que des problèmes de tolérance ou d’effets secondaires surgissent, et le retour de bâton peut se révéler catastrophique. Surtout sur le marché américain, où les patients ont la « plainte en nom collectif » (class action) facile. Bayer, Merck affrontent aujourd’hui un risque judiciaire de plusieurs milliards de dollars pour les périls que certains de leurs anticholestérols ont fait courir à des patients. « Une bonne gestion du risque passe aussi par une communication sur le risque et pas sur le seul bénéfice du médicament », dit Cherif Benattia, consultant en risk management. Une mission qui relève pour l’instant, en France, du monopole de l’Afssaps, l’Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé. Pour contourner l’interdiction légale, certains laboratoires communiquent non pas sur les médicaments, mais sir les pathologies. Une publicité qui profite à tous les laboratoires. Mais l’expérience américaine montre que le leader du marché en profite plus que les autres. C’est là-dessus que compte Sanofi Aventis pour propulser le rimonabant en tête des ventes des traitements antitabac et anti-obésité. |